Ruptures des formes, résilience des groupes, reconfiguration

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[16/04/2001]

Il y a quelques mois encore, c'était l'union sacrée, les grands de ce monde "pleuraient" leurs morts, (surtout les Etats-Unis du reste), et prétendaient qu'il fallait en finir avec le terrorisme, que nous devrions tous unir nos efforts pour l'abattre...

Erreurs répétées

A voir ce qui se passe au moyen orient, et la façon dont les décisions sont prises, (ou pas), nous n'avons pas compris grand chose des mécanismes de circulation de l'information, de la nature des enjeux sociaux-culturels et religieux. J'ose avancer qu'a la racine des maux engendrés entre les civilisations, se situent , (essentiellement), une éducation trop primaire en matière de principes sociaux et de la manipulation mentale clairement dirigée. Eléments qui conduisent à un manque certain de "conscience universelle", et de reconnaissance/tolérance mutuelle. Des mécanismes simples semblent pourtant conduire le jeu... Malheureusement, ils génèrent de nombreuses possibilités qui rendent difficile une lecture des événements, car générant des phénomènes émergents nombreux et difficiles à prévoir. Il faudrait pouvoir discrétiser finement les réseaux en interaction afin de retrouver au sein de ceux-ci la trace factuelle de certaines émissions nocives dont ils souffrent.

Gestion des groupes

Groupes en présence = gestion des ruptures

Un conflit émerge souvent par la mise en relation d’un ou plusieurs groupes ne partageant pas les mêmes vues. Chacun de ces groupes ayant des frontières définies, au-delà desquelles les concepts s'énoncent et se conçoivent différemment. Les valeurs qui circulent au sein de chacun des groupes sont différentes, les informations aussi. Bref, c’est toute une vision du monde, créée par chacun des groupes, (trop individuée), qui s’oppose. Ainsi, retirez les éléments qui structurent ces groupes, (parfois un seul homme, parfois une culture, nous pouvons également considérer ces éléments comme des opérateurs définissant des fonctions fortes sur ces réseaux), et vous retirerez vraisemblablement les conflits.

L’information qui structure les groupes est à l’origine des conflits

Tout ce qui concerne les frontières, des éléments susceptibles de créer des barrières pour gêner la circulation de l'information, et l'échange entre les personnes est susceptible de créer des conflits. Ces barrières peuvent être naturelles, économiques, mais également strictement morales, et véhiculées par des mouvements qui sont l'essence de certains groupes. Elles sont le résultat des opérations conduites par les éléments structurants.

Créez des groupes: vous créez des conflits; créez de la compétition, vous créez des conflits; créez des nationalismes, vous créez des conflits; défendez "vos" valeurs, vous créez des conflits; ayez de la fierté en votre pays, vous créez des conflits ; valorisez "l’un" au détriment de "l’autre", vous créez des conflits…Bien sûr le terme "conflit" est à relativiser, et à considérer en fonction des mesures prises par les réseaux opérants pour assurer leur propre sauvegarde.

Pour résumer, un groupe, est un espace dans lequel une certaine idéologie, une certaine vision circule. Et plus un groupe se "durcit", (moins il accepte les reconfigurations), et plus sa tolérance envers l'extérieur décroît...

Des cercles fermés

Pensiez vous être tolérant ? Ne vous êtes vous pas déjà vous-même placé sous l'emprise d'un groupe dont vous défendiez, ou dont vous défendez encore « les couleurs » ? En ce cas, vous n'êtes déjà plus tellement tolérant : vous oblitérez une certaine portion extérieur au groupe, au profit du groupe lui-même… et plus votre groupe sera solide, moins vous serez tolérant, et plus vous serez renfermé sur celui-ci...Car accepter des valeurs, c'est finalement figer une vision de ce qui "doit" être: prétendre que vous avez vu juste - et à mon sens, même si vous vouliez être convaincu que vous relativisez, que vous acceptez la remise en cause.

Les concepts de groupe, vont donc à l'encontre de principes de tolérance, mais aussi de liberté; car comment un homme réalisant sont éducation au sein de tels systèmes peut-il choisir ? Des systèmes dans lesquels les pressions sont si fortes, seraient tels que nous serions condamnés au choix par défaut : celui contraint par notre environnement immédiat et créé par le groupe. Il en va ainsi de la religion : prenez n'importe quel pays, et imaginez une personne qui y naîtrait : demandez vous pourquoi dans un pays ou il y a 80% de catholiques, elle aura toutes les chances d'être catholiques... De même, dans un pays avec 80% de musulmans, elle deviendra certainement musulman... Est-on est libre devant "dieu" avec tout ça, qui veut nous le faire croire ??... Le groupe bien sûr ! Vous voyez bien que c'est un leurre, et que nous ne choisissons pas vraiment d’appartenir à un groupe, (bien qu’on puisse le croire, ce qui est d’autant plus pervers).

Résolution des conflits

Qu'en déduire ?

Constat

Attitude individuelle

La pauvreté intellectuelle des émissions que l’on nous balance aujourd’hui à la télé constitue un excellent reflet de notre attitude de consommateur. Nous acceptons de les regarder, parce que nous manquons terriblement de recul… Et les dirigeants des chaînes ne sont pas naïfs sur ce point : cherchant à réaliser du profit immédiat, ils nous renvoient le reflet de nos attentes, (à l’aide de sondages). Ce sont ainsi toutes nos « pulsions » consommatrices qui sont ainsi projetées. Grâce à cela, on est bien content d'apprendre que ce qui compte le plus, finalement c'est notre nombril. Et le manque de réaction patent de nos structures politiques vient aussi de là : nous sommes immergés dans des affects locaux, immédiats, qui continuent à nous faire ignorer qu’il faut réaliser les choses dans leur globalité. Certes nous n'avons pas tort d’ignorer ce qui se passe autour de nous, mais cela devrait être traité au niveau local. Non pas global.

Attitude dirigeante, guidée par l’attitude individuelle

Que proposent nos hommes politiques ? La même chose que les chaînes télé : travailler l’affect, et ignorer les problèmes globaux, ne travailler que dans l’immédiat… et d’utiliser leur temps de parole au sein d’émissions qui ressemblent de plus en plus à de la "variété-politique" pour ne pas dire de la "variété" ! Nous voulons vraiment faire de la politique comme des émissions de variétés ? C'est pourtant exactement ce qui se passe : nos hommes politiques suivent les sondages, ils répondent à la demande, et la demande d’ou vient-elle ?? Encore une fois, de nous, et de ce qui nous touche au quotidien, soit des problèmes de voisinage... Leurs propositions sont faîtes pour se changer la tête l'histoire d'un soir... Voyez, vous prenez les derniers conflits sociaux, et vous trouvez ainsi le programme 2002 des hommes politique : cela ne va pas chercher plus loin ! Nous avons ainsi eu, la revalorisation des médecins, la journée de la femme, la sécurité de nos banlieues… Aussi tout ce qu’ils proposent va dans ce sens et nous réalisons du « bouche-trou », du « travail de proximité », sans tenir compte du long terme (parce que de toutes façons nous n’évaluons pas ces aspects là, ce sera bien un autre mandat alors…) Nos hommes politiques devraient prendre du recul ? Mais à quoi bon dans un tel système ?

Résultat une attitude psycho-sociale

Cette vision anthropocentrique naïve est vraiment lourde à porter. Pourtant nos destins ne sont pas gouvernés que par des seuls effets locaux ! Nous ne nous attachons absolument pas, à résoudre les problèmes dans leur globalité. A qui essaye t-on encore de faire croire que le chômage dépend de politiques gouvernementales ? Aux bons citoyens qui croient encore que tout cela se passe dans leur rayon de 50 km... Mais regardez les courbes du chômage des pays de l’union européenne sur les 20 dernières années… La conséquence perverse de tout cela ? C’est qu'il existe encore des nationalismes, des mouvements pour continuer à faire croire aux gens, que tout seuls dans leur barque ils iront beaucoup plus vite et beaucoup plus loin que les autres. Et leurs rames, elles s’appuient sur quoi ? sur la tête des autres ?

Gérer les mouvements de l’information

Importance de la vitesse et des moyens de propagation de l’information dans les effets observés

Communauté ? par rapport au groupe c'est quoi ? pas idéologique mais simplement pratique. Réflexe animal que de se grouper pour chasser, bâtir, faire des petits, les élever, les protéger... Communauté d'intérêts. Quelle attitude devant la multiplication des communautés, liée aux déplacements, vitesse, commerce, village global (là intervient bien la mégalomanie ou soif de pouvoir, mais peuvent influer aussi la parano, la schizo etc. en fonction de l'histoire) Devant ces étranges étrangères pratiques, on commence à penser idéologie, religion, politique, il ne s'agit pas que la tribu (tiens, un autre concept ?) d'à côté vienne bouffer notre gibier, piquer nos femmes, enfumer notre caverne.

Il est vrai que l'information se propage de point à point, son déplacement n'est pas instantané, et je suppose que l'on doit s'appuyer sur des "marches" intermédiaires, (que constituent nos communautés locales), de consolider, avant de passer à l'étage supérieur !

Impliquer des groupes locaux, phénomènes « bottom-up », gestion des mécanismes d’émergence

Je ne sais pas pourquoi, ces notions de groupes qui cohabitent, desquels partent des informations vers des niveaux plus abstraits, me rappellent le jeu de go : l'information transite tout autour d'un pion. Et pour gagner, il faut non seulement tenter d'avoir une vision stratégique, (de l'ensemble), mais bien évidemment impliquer les zones locales, (le tactique), car fondamentalement, les règles sont édictées par le comportement d'un pion.

(Ca me fait penser d'ailleurs que c'est une application directe des processus d'émergence en IA, processus bottom-up, qui déclenchent des phénomènes d'ordre généraux. De tels phénomènes s'appliquent au comportement du cerveau via ses neurones, des villes via ses éléments, des fourmis, de toute communauté d'individu possédant "une intelligence" minimale).

Groupes : un mal nécessaire ?

Bien sûr, il faudra conclure que les groupes sont un "mal" nécessaire, puisqu'ils constituent la première étape de transition de l'information, vers des zones plus larges. Maintenant, on devine que plus on donne de moyens à l'information de transiter rapidement de groupe en groupe, plus on supprimera les facteurs d'échelle, et les communautés, ces groupes s'uniformiseront.

Conclusion : une attitude à tenir ?

La résolution de ces conflits ne devrait pas être menée par des personnes parties prenantes de l'un ou l'autre groupe en présence, ce qui ne ferait que forcer un déséquilibre qui cessera lorsque :

  • les frontières auront été abolies,
  • l’un ou l’autre des groupes aura cannibalisé l’autre (par sa culture, par la guerre, etc.).

C’est pourquoi, aujourd’hui, dans un conflit opposant Israël et la Palestine, il faudrait s'engager à briser les frontières, ou tout du moins atténuer leurs effets, par exemple en isolant les groupes en présence, ne serait-ce qu’avec un groupe tampon entre ces deux groupes.

Ensuite, il faudrait tenter de restaurer une politique interne et externe de communication, libre et ouverte. Il faudrait aussi engager des programmes d'aide par l'éducation, et des échanges bilatéraux « d’éléments structurants, ou diffuseurs d’idées » : par exemple, les professeurs, les personnalités religieuses… Il faut absolument chercher à briser toute hégémonie dans la communication, à commencer par l'éducation, l'information, et si possible la religion (certes ! on en est très loin !)

Ce serait dommage d'ignorer cela, car ces groupes entre lesquels aujourd’hui règnent des conflits, se déroulent sur une planète sur laquelle nous vivons tous, nous autres "humains". Leur niveau d’expression étant celui des Etats, ils influencent forcément nos propres groupes, et nous ne pouvons les ignorer : ils peuvent nous jalouser, ils ne nous comprennent pas, ils veulent nous faire réagir. Et de toutes façons, un jour, nous serons forcés de réagir, quand notre sécurité immédiate sera mise en jeu, peut-être quand il sera trop tard !

Si l’on veut évoluer graduellement, en conservant « encore » certains de nos groupes existants, nous devons pouvoir résoudre chaque niveau de problème à un niveau de résolution qui lui est juste supérieur. Ainsi, la terre manque cruellement de structures pour résoudre les conflits internationaux, ou transversaux. L’ONU n’a pas de poids, parce que les nations ne lui en donnent pas, parce que nous, nous nous regardons encore trop le nombril… Entraînons nous donc à lisser l’effet des groupes, à faire disparaître tout ce qui peut générer des groupes, des inégalités, des ruptures, des différences, car tant que cela existera personne sur cette terre ne vivra en paix. Ce dernier point peut paraître un peu extrémiste, mais que faire sinon ? Pouvoir gérer les ruptures entre les groupes pour en percevoir les effets négatifs à l’avance est complexe (il n’y a qu’à voir les ordinateurs utilisés pour la météo)… Je pense que dans les pires cas, l’absence de contacts reste la meilleure des réponses à apporter, ne serait-ce parce qu’elle respecte les libertés individuelles des uns et des autres (morale universelle et libre arbitre). Mais a t-on toujours le choix ?