Vers un language universel, à la recherche de la langue parfaite

De U-Sphere
Aller à : navigation, rechercher

Comment construire un langage plus « fonctionnel » (/efficace) (/rationalisé) ?

L’idée d’un langage « fonctionnel » (/ efficace / rationalisé), tel qu’il est présenté ici, est envisagé comme un moyen de repousser les limites de l'équivoque (/subjectivité) inhérente à toute transmission d’information.

Or, le terme "fonctionnel" en tant que tel est déjà ambigu, puisqu’il porte au moins sur une double sémantique :

  • un sens mathématique qui, à un terme dans un ensemble de départ fait correspondre un terme dans un ensemble d’arrivée, (aspect univoque de la transformation imposée par l’emploi d’un protocole d’échange),
  • Un sens d’efficacité, de rationalisation.

Un langage « fonctionnel » doit permettre de réaliser la transmission d’informations tout en réduisant au maximum les ambiguïtés sémantiques qui pourraient émerger entre l’émetteur et son destinataire. Ambiguïtés dont le message peut-être intrinsèquement le générateur, mais pas seulement, nous allons le voir.


Nous employons donc ici la terminologie « langage fonctionnel » (/rationnel) pour :

  • Borner/limiter le risque interprétatif

Et en cela il conviendrait de :

  • limiter l’usage des adjectifs et/ou des termes relatifs qui ne s’appuient pas sur des points de référence précisément identifiés (« grand », « beau », « immense », etc.)
  • limiter les messages pouvant être interprétés de manière équivoque par le protocole, c'est-à-dire à sens multiples. D’où l’intérêt de l’usage d’un langage qui génère de façon univoque l’information communiquée (au moins jusqu’à un certain degré).
  • limiter les messages qui au niveau pragmatique stimulent délibérément les émotions de l’interlocuteur (mais cela est un autre problème).

Barrières à la compréhension

Cependant, même un protocole d’échange « parfait » (et idéalement « parfaitement décrypté » par ses interlocuteurs) ne garanti pas une transmission « parfaite » du message.

Au-delà du protocole d’échange, il existe des contraintes structurelles relatives à au système complexe qui supporte et exécute le protocole (« meta-contraintes »)

La qualité de l’échange dépend aussi des cartes cognitives des individus qui établissent la communication. Aussi bien celle de l'émetteur que celle du récepteur, que du comportement/de l’état des sous-systèmes dont ils sont constitués : système limbique en premier lieu et puis plus largement l’ensemble des systèmes physiologiques : l’individu étant un organisme complexe, constitué d’un ensemble de systèmes interconnectés, il reste difficilement prévisible dans ses interactions. Et ces systèmes qui agissent de façon concurrente au système cognitif, participent à la réaction/réponse du récepteur/destinataire.

C’est pourquoi, un mot, une phrase, se chargera toujours d'un sens particulier pour l'individu qui le reçoit - quand bien même le langage se voudra "parfaitement fonctionnel" -


D’une certaine façon, c'est aussi vrai pour une machine, qui ne peut réaliser :

  • que les seuls programmes qui utilisent des instructions qu’elle sait calculer,
  • des programmes qu’elle interprète dans un temps d’exécution limité (ce qui fera varier les résultats suivant les capacités de calcul intrinsèques)

Et ceci, fonction de l’état de son environnement : même les processeurs de nos PC de bureau génèrent régulièrement des bits d’erreurs aléatoires qui peuvent être liés -par exemple- à des conditions de température.

>> cf. l'interrogation posée par le fait qu'un système complexe diverge, tôt ou tard,
de sa position d’équilibre, ceci compte tenu "d'anomalies" inévitables.

Au sein même du message

Les mots employés conduisent à une constitution de sens qui, au niveau pragmatique, s’établit en réseau. Les relations d’ordre disparaissent, et les priorités deviennent moins évidentes : les ambiguïtés sémantiques qui pouvaient être évitées au niveau de la construction syntaxique "locale", ressurgissent dans un contexte plus large. Voir le concept d'indexicalité en Ethnométhodologie.


Conclusion: un langage « fonctionnel » n’empêche pas une interprétation équivoque/relative

  • malgré un protocole d’interprétation unique et un message univoque, l’émotion ressentie, in fine, reste relative à la personne et à l’expérience qu’elle a engrammée, à l'état dans lequel elle se trouve
  • La connaissance fonctionne en réseau et le message s’il est complexe peut s’avérer générateur de malentendus

Aussi, rassurons-nous, un langage pourra être « fonctionnellement parfait », la subjectivité restera encore longtemps de mise.

Et un langage « relationnel » ?

Par essence, tout langage est relationnel. C'est-à-dire qu’il met en relation des unités de sens. Ces relations de différent ordre sont celles qui engendrent à la fois richesse et confusion.

Un langage "fonctionnel" permet t-il la transmission d’émotions ?

Bien évidemment, un langage dit "fonctionnel" peut aussi transmettre des émotions. La description chirurgicale/crue/sans ambiguïtés/univoque d'une scène peut-être d'une efficacité redoutable sur un observateur auquel elle est communiquée.

Si repousser les limites de l'équivoque apparaît repousser l'imagination, et donc borner le cadre d'échange, l’émotion ne m’apparaît pas évacuée pour autant.

Ce qui crée l'émotion, fondamentalement, c'est le résultat d’une confrontation entre l’interprétation effectuée par le système cognitif (application du programme d’analyse dont dispose l’individu) et la réaction du système limbique/du corps à cette interprétation. S’ensuit d’éventuelles boucles de rétroaction jusqu’à l’émergence d’un affect (ou plusieurs si ce processus s’étale dans le temps).

L’emploi d’un langage « fonctionnel » / univoque, va simplement aider à limiter le cadre émotionnel qui en résultera.

Exemple avec une photo

Une photo, utilisée comme élément de communication, agit comme un langage qui se voudrait « fonctionnel » :

  • elle permet d’augmenter la qualité des données transmises.
  • elle permet d’objectiviser l’information car elle produit un message (lui-même sous-produit de la réalité) dont l’on connaît jusqu'à un certain niveau les conditions d’élaboration (sous entendu que l'homme connaît et maîtrise les conditions de prise de vue ainsi que le type d’appareil).

Elle permet donc de limiter le biais interprétatif / réduire l’équivoque vis-à-vis d’une description orale que pourrait faire un individu.

Outre le fait d’être un précieux témoin, par expérience, nous savons que les photos n’annihilent ni n’aseptisent pour autant les émotions de ceux qui les regardent. Elle peuvent donc, à l’instar d’autres modes de communication, être génératrice d'émotions.

(Cependant, effectivement, l'information univoque contraint et limite l’imagination. A l’inverse, l’art abstrait, nous renvoie directement à ce problème interprétatif -en lien avec nos schémas personnels- et libère les portes de l’imagination. D’une certaine façon, à l’instar des tâches de Rorschach, nous sommes face à de telles œuvres en miroir vis-à-vis de nous-mêmes, ce qui libère sentiments et émotions refoulées de l’individu).

Que deviendraient les langues anciennes ?

Dans le futur, si nous en arrivions à devoir rationaliser/aseptiser notre langue, et conséquemment, si nous en venions à adopter un langage d'échange nouveau, il subsistera certainement, pour des raisons historiques, de sens commun/rationalités locales et donc au final d'aspects pratiques, des échanges effectués dans l'ancien langage et à destination exclusive des membres du groupe culturel.

Cela ne serait pas nécessairement vécu comme une perte dramatique: les proto-langues seront assimilées d’une façon ou d’une autre, tout du moins si le langage « fonctionnel » ne doit pas être parasité, elles devraient perdurer en parallèle un certain temps.