ClearStream 2

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Hier, j'avais commencé un schéma pour essayer de mieux comprendre, les tenants et les aboutissants de l'affaire clearstream, "deuxième du nom". C'était un peu confus: par exemple, pourquoi il y avait un clearstream médiatisé par Denis Robert à l'époque sur le blanchiment d’argent sale, alors que le clearstream dont ont nous parle aujourd'hui fait à peu près complètement abstraction de ce sujet ? La société "clearstream" parait d’ailleurs bien absente du débat aujourd'hui et alors même que l'affaire porte son nom...

Simplement en croisant des informations collectées sur le web, j'ai construit le schéma ci-dessous.

Clearstream et Clearstream 2

Bien qu'il soit à peu près illisible maintenant, il m’a aidé à un peu mieux comprendre. Malgré tout, il reste loin du compte, il resterai pas mal de choses à consolider du côté :

  • du couple sarkozi-bauer,
  • des relations avec l'affaire des frégates de Taiwan,
  • azf-1 et azf-2,
  • des sociétés d'IE qui gravitent autour de ces affaires et leurs relations avec les RG/DGSE/DST
  • du délit d'initié d'EADS.

Il ne s'agit pas tout vouloir mettre dans le même sac. Simplement, si les liens ne sont pas toujours directs ils peuvent expliquer les relations entre les hommes. Et quels rapports ces structures entretenaient-elles avec l'environnement de Gergorin (ces relations, à un niveau ou un autre existaient-elles de façon systématique ?)...

ClearStream2.gif

Quelques lectures conseillées

Peut-être parce qu'elles m'ont parues plus riches et plus denses en informations que les autres, même si il est difficile de savoir à ce stade ce qui est vrai et ce qui l'est moins... Prudence...

Source: Gergorin

Clearstream : Ces informations que le pouvoir a cachées http://www.liberation.fr/page.php?Article=383284

Villepin, Sarkozy et Alliot-Marie connaissaient une bonne part des dessous de l'affaire Clearstream, selon les affirmations de Jean-Louis Gergorin à «Libération».

Par Karl LASKE et Renaud LECADRE vendredi 19 mai 2006

Il parle et avoue. Jean-Louis Gergorin, suspendu de ses fonctions de vice-président d'EADS, a fait hier son coming out dans un entretien au Parisien dans lequel il convient avoir «communiqué au juge Renaud Van Ruymbeke une synthèse de ses informations». Soit la première missive anonyme dénonçant un «groupe mafieux» et Clearstream comme le centre «d'un système d'occultation financière» entre la France et la Russie sur fond d'exportations d'armes. Cet aveu, Gergorin y était acculé depuis la confession de Van Ruymbeke. «Je ne pouvais pas parler tant que les autres ne l'avaient pas fait», commente-t-il. Il réfute le terme de corbeau, au sens de «délateur anonyme de mauvaise foi». S'il a avancé masqué, ce serait par crainte pour sa sécurité. Le juge Van Ruymbeke en serait convenu, acceptant cette forme dévoyée de transmission d'information.

«Très haut niveau». Gergorin (JLG) a beaucoup d'autres choses à dire. Il l'a expliqué au Parisien, mais aussi à Libération dans un long entretien qui s'est déroulé mercredi (lire ci-contre). Ainsi ce spécialiste du renseignement souligne-t-il qu'il a aussitôt averti le général Rondot de sa démarche auprès du juge Van Ruymbeke (VR) : «Je ne pouvais pas ne pas en informer Rondot. Le connaissant, il a dû en rendre compte à très haut niveau.» Au moins à Michèle Alliot-Marie, si ce n'est à Dominique de Villepin. Ce point est confirmé par une note du général, révélée hier par Le Nouvel Obs, datée du 11 mai 2004, une semaine après le premier envoi anonyme : «MAM averti du contact JLG-VR.» La manipulation était donc sous contrôle.

Simulacre. Résumons. Depuis deux ans, tout le monde s'interroge sur l'identité de ce mystérieux informateur anonyme. Depuis dix-huit mois, les juges d'instruction Jean-Marie d'Huy et Henri Pons sont chargés de traquer ce corbeau pour dénonciation calomnieuse. Mais certains savaient depuis le début qu'il s'agissait de Gergorin : Van Ruymbeke lui-même, pour avoir accepté de le rencontrer avant le simulacre d'une remise anonyme ; le général Rondot, informé par Gergorin en personne ; et enfin le sommet de l'Etat : MAM et Villepin, avertis par la note de Rondot. On doit ajouter que Nicolas Sarkozy lui-même aurait été informé des dessous de Clearstream dès le mois de juillet 2004 par Alain Bauer, consultant en sécurité d'Airbus : «Tout ce que sait Bauer, Sarkozy le sait», affirme Gergorin. La ligne de défense de Gergorin s'esquisse. Un : il n'a tout entrepris que pour vérifier les informations qu'on lui avait transmises. Deux : trop de monde est dans la confidence pour qu'il soit un corbeau. Trois : rien n'a été vérifié par Rondot et par Van Ruymbeke. Par manque de moyens ou de perspicacité. Ce qui signifie que tout peut encore être vrai.

Onze mémos. Le mystère demeure sur l'origine des courriers suivants qui élargissent le spectre des dénonciations au monde politique et au milieu du renseignement. La note inédite du général classée confidentiel défense (et non transmise à la justice) donne du grain à moudre aux juges. Du 4 mai au 29 juin 2004, onze mémos retracent les entretiens du général avec Gergorin ou Imad Lahoud. Avec quelques surprises : «Le juge VR a demandé à D. Robert de lui adresser une lettre d'injure pour garder l'enveloppe», signale Rondot le 2 juin. La première lettre lui ayant été remise en main propre, la greffière du magistrat aurait eu besoin d'une enveloppe timbrée pour la coter formellement au dossier comme lettre anonyme. Denis Robert, auteur de deux livres d'enquête et d'un roman sur Clearstream, a vigoureusement démenti, hier, ces allégations attribuées par Rondot à Lahoud. Tout comme Van Ruymbeke. Le 25 mai, Gergorin aurait aussi demandé à Lahoud d'adresser au juge «un mail anonyme complémentaire» avant de prétendre que Denis Robert se serait «exécuté». Rondot lui-même, malgré la précision apparente de ses notes, semble avoir du mal à suivre. De belles foires d'empoigne s'annoncent chez les juges.

Hospitalisé depuis samedi, Imad Lahoud est au coeur des interrogations. Il a fait savoir à son avocat, Me Olivier Pardo, que le général aurait «écrit n'importe quoi». Lahoud indique aussi qu'il n'a pas piraté le système. Il se serait contenté «d'expliquer à Gergorin comment il fonctionnait».

http://www.liberation.fr/page.php?Article=383285

Jean-Louis Gergorin, ex-vice président d'EADS, livre sa vérité: «J'ai aussi parlé de mettre la DST sur le coup. Villepin a répliqué: "Non, Sarkozy va être au courant"»

Mercredi, Libération a rencontré longuement Jean-Louis Gergorin, ex-vice-président d'EADS, suspendu de ses fonctions. Il livre sa vérité sur l'affaire.

«Je ne suis pas le corbeau de Clearstream. Un corbeau, c'est quelqu'un qui envoie anonymement des informations. Moi, j'ai accumulé des éléments qui m'ont convaincu de la très forte probabilité de l'existence d'un réseau financier sophistiqué. Je suis allé en parler au général Philippe Rondot, à Dominique de Villepin, puis au juge Renaud Van Ruymbeke. Sans cagoule.

Fin 2002 : mon enquête personnelle

«Je reçois de plusieurs sources, dans la communauté française du renseignement, des informations sur une sorte de réseau autour d'un financier suisse en relation avec des oligarques russes. Ils s'intéressent à deux filiales d'EADS, concurrentes de sociétés russe et ukrainienne. J'apprends qu'ils ont filmé Arnaud Lagardère et sa femme faisant leurs courses, afin de vérifier s'ils payaient avec leur carte bleue personnelle. On s'intéresse à Arnaud avant même le décès de son père, Jean-Luc, en mars 2003. Curieux. Mais ce n'était pas politiquement correct, pour l'image du groupe, de se poser des questions sur son décès. On m'a demandé de ne plus en parler.

Juillet 2003 : ma source

«Pour la pénétration de Clearstream, j'ai bénéficié d'une source. Elle a employé un moyen illégal : la source a réussi à hacker le système informatique. L'important, ce ne sont pas les annuaires de comptes, mais des fiches de transactions ponctuelles, qui mentionnent parfois son bénéficiaire. Ça arrange tout le monde de démentir et d'affirmer que Gergorin est tombé dans le panneau d'un escroc au renseignement, qu'il n'y a jamais eu de pénétration informatique : cela voudrait dire que l'Etat français a couvert la pénétration d'une chambre de compensation internationale. Quoi qu'on pense de ses informations, qu'elles soient vraies ou fausses, la vie de cette source est en danger. Même si on me colle en taule, je ne donnerai jamais son identité. Ce que me donne la source, c'est une liste de 60 à 70 noms avec des numéros de compte. On y trouve des hommes d'affaires étrangers, quelques mafieux, trois industriels français (Gomez et Martinez pour Thales, Delmas pour EADS, ndlr). Mais aussi trois et seulement trois politiques : Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement et Alain Madelin. (La justice a démenti que ces personnalités détiennent ces comptes, ndlr). C'est un mélange d'aspects crédibles et d'éléments surprenants : deux charmantes demoiselles, Alizée et Lætitia Casta. Cette liste m'éloigne du système initial.

Octobre 2003 : mon enquête avec Rondot

«A l'automne 2003, j'ai recueilli assez d'éléments pour estimer que cela mérite vérification. Cela ne peut se faire par une autorité classique, mais par une autorité neutre, le ministère de la Défense, car il y a des noms de politiques et je ne veux pas politiser l'affaire. Je vais voir le général Rondot, qui a été mon collaborateur au Quai d'Orsay. Il agit seul et rend toujours compte aux autorités. Je lui propose de procéder à un contre-hacking. Mais cela n'a jamais été envisagé. Il y avait une grande incompréhension méthodologique entre Rondot et moi : il veut tout faire tout seul, alors que j'espérais d'importants moyens techniques. Il n'avait aucune chance d'aboutir. Rondot ne va pas partir du tout dans la direction que j'attendais. Il fait des vérifications humaines auprès de gens qu'il connaît. Ou bien il tente d'envoyer un virement depuis un automate, alors que le numéro de compte Clearstream ne peut pas être fonctionnel vis-à-vis de l'extérieur. Je suis frustré. Rondot est une gigantesque erreur de casting.

Janvier 2004 : Villepin en renfort

«J'ai pensé améliorer l'enquête en alertant Dominique de Villepin. J'évoque cette affaire auprès de lui au tout début 2004. Le 9 janvier au Quai d'Orsay, en présence du général Rondot, on a parlé de Nicolas Sarkozy, peut-être pas de façon dithyrambique, mais pas en termes de "compte Clearstream". Je crois que c'est comme pour Patrick Ollier : personne n'a dit qu'il avait un compte. Bien que le carnet de Rondot le mentionne, le "compte couplé Bocsa" n'est pas apparu à ce moment-là. Je n'en ai entendu parler que fin mars. Ce qui a été immédiatement interprété comme étant le nom de son père. Et le nom de Bocsa n'apparaît sur aucune fiche de transaction. Le 9 janvier, j'ai aussi parlé de mettre la DST sur le coup. Villepin a répliqué : «Certainement pas, Sarkozy va être au courant.» Il dit aussi qu'il débloquera tous les moyens pour vérifier. Il ne se passera rien. Rondot ne me dit pas : "C'est pourri", mais : "P'têt bien qu'oui, ou p'têt bien qu'non." Jusqu'en avril 2004, ma conviction est que la probabilité que tout soit faux est infinitésimale. La source produit alors un annuaire de 33 000 comptes, dont un paquet de gens du groupe Lagardère. La, on peut se poser des questions sur les risques de manipulation. Quand la source a commencé à être vraiment performante avec les comptes Clearstream, la DGSE a pris peur. Je comprends que l'on ne fera jamais les vérifications qui s'imposent. Ma frustration me pousse à contacter Renaud Van Ruymbeke.

Avril 2004 : ultime tentative avec Van Ruymbeke

«J'ai initié l'enquête de Rondot, je suis l'initiateur de celle de Van Ruymbeke. Je l'ai rencontré trois fois, chez l'avocat Thibault de Montbrial, à une semaine d'intervalle. Pas pour lui proposer de lui déposer une lettre anonyme, mais pour des séances de brainstorming sur le système Clearstream. Je lui ai indiqué que c'était une opération dérivée d'une pénétration. Van Ruymbeke m'a proposé de déposer devant lui. J'ai refusé. Non pas parce que j'étais "terrorisé" : je lui ai dit que le fils du général Imbot (mort après être tombé d'une fenêtre durant son enquête sur les frégates de Taiwan, ndlr) ne s'était pas pris pour Icare. Je n'ai pas parlé de Rondot à Van Ruymbeke. En revanche, je ne pouvais pas ne pas en informer Rondot, et il a en a rendu compte à très haut niveau. J'ai eu le sentiment que c'était une connerie d'aller voir Van Ruymbeke. Ses commissions rogatoires internationales visaient les numéros qui étaient des références internes à la banque. Il n'y avait aucune chance.

Juillet 2004 : retour à mon enquête

«J'ai téléchargé le manuel utilisateur de Clearstream, qui n'est plus disponible sur Internet. Les banques ne sont qu'une clé d'entrée pour ouvrir un compte chez Clearstream : de jure, c'est un sous-compte bancaire ; de facto, c'est un compte individuel. Avec quelques millions d'euros, vous pouvez demander l'ouverture d'un compte. Il y a des codes d'accès pour que le client dispose d'un accès direct à Clearstream sans passer par sa banque. Mais celle-ci ne donne pas à Clearstream le numéro de ce compte client, seulement le code de transfert. Puis le reporting du transfert de fonds est envoyé à la banque, pas à Clearstream. L'ensemble des transactions est alors consolidé au niveau du compte général de la banque. Il n'y a plus de trace de mouvements ponctuels.»

http://www.lefigaro.fr/france/20060519.FIG000000107_jean_louis_gergorin_est_l_auteur_de_toutes_les_lettres_anonymes.html

Jean-Louis Gergorin est l'auteur de toutes les lettres anonymes

Nicolas Beytout et Renaud Girard 19 mai 2006, (Rubrique France)

Le vice-président d'EADS a confié au Figaro ce qu'il a l'intention de dire aux juges.

Pour tenter de comprendre quel a été le rôle exact de Jean-Louis Gergorin dans l'affaire Clearstream, Le Figaro s'est entretenu, à cinq reprises, avec le vice-président d'EADS (en congé), à l'origine de tout le scandale. Il apparaît qu'il est à l'initiative non seulement de la première lettre anonyme transmise au juge Van Ruymbeke le 3 mai 2004, mais aussi de la liste de 895 noms, incluant les patronymes de Nicolas Sarkozy, parvenue chez le juge le 14 juin 2004. Jean-Louis Gergorin admet que cette dernière liste, extraite d'un annuaire encore beaucoup plus vaste de sous-comptes individuels ouverts chez Clearstream, ait pu faire l'objet de manipulations de dernière minute. Il révèle également avoir informé la DST dès le début avril 2004. En revanche, il persiste à penser que les fiches des premières transactions financières, qui lui ont été fournies par sa «source», et qu'on retrouve dans la première lettre «anonyme» au juge, sont exactes. Seul, il poursuit actuellement son enquête sur la banque luxembourgeoise... Par ailleurs, le général Philippe Rondot n'a, comme prévu, pas répondu à la convocation, hier, des juges Henri Pons et Jean-Marie d'Huy en charge de l'enquête sur le corbeau de Clearstream. Me Eric Morain, son avocat, a confirmé que le militaire «ne répondrait plus aux questions de ces deux juges et qu'il avait délibérément choisi de ne plus s'intéresser à l'affaire». De son côté, le juge Renaud Van Ruymbeke a été entendu pendant plus de cinq heures, hier après-midi, par l'Inspection générale des services judiciaires sur ses rencontres «secrètes» avec Jean-Louis Gergorin. Au même moment, un communiqué de soutien au magistrat a été publié, signé par plusieurs personnalités politiques. Le Conseil de l'ordre du barreau de Paris a ouvert hier «une enquête déontologique» sur Me Thibault de Montbrial qui avait mis en relation le juge van Ruymbeke et Jean-Louis Gergorin.


Pour Jean-Louis Gergorin, l'affaire Clearstream ne commence pas en novembre 2003, mais un an avant. A la fin de l'automne 2002, le vice-président d'EADS, chargé de la stratégie, qui a entre autres missions le rôle d'évaluer les menaces pesant sur son groupe, obtient de plusieurs sources une série d'alertes. L'information, qui provient de contacts personnels, met en cause un réseau qui s'intéresserait de près au groupe Lagardère et à EADS. On lui parle de surveillance physique qui serait exercée sur Arnaud Lagardère, sur sa femme, sur leur train de vie et le paiement de leurs factures personnelles. On évoque même devant lui l'existence d'une vidéo où l'on voit le couple faire du shopping dans le XVIe arrondissement de Paris. Ce réseau enquêterait également sur des activités industrielles d'EADS, dans les lanceurs et les missiles.

Au centre de ce réseau figure, selon les informateurs de Gergorin, un personnage mystérieux du nom de Karel Schmitt. Jean-Louis Gergorin, intrigué mais pas davantage, met cette information dans un coin de sa tête. Il n'en parle à personne, même pas à Jean-Luc Lagardère : le risque ne semble pas établi, et Gergorin garde un très mauvais souvenir de l'atmosphère de l'affaire «couper les ailes de l'oiseau» (1).


Des comptes pour la plupart établis au bénéfice de clients individuels de banques elles-mêmes clientes de Clearstream

Le temps passe. Quelques mois plus tard, un événement le fait brutalement changer d'attitude. Nous sommes alors le 19 mars 2003. Le groupe Lagardère est plongé dans le deuil : son fondateur vient de mourir brutalement. Au sortir de la cérémonie religieuse, qui se déroule en l'église Saint-François-Xavier à Paris, Gergorin apprend que Betty Lagardère, l'épouse de Jean-Luc, va demander une enquête judiciaire sur les causes du décès de son mari. Même si le communiqué médical avait parlé d'une maladie auto-immune très rare, c'est un choc pour celui qui était un si proche conseiller de Jean-Luc Lagardère.

D'un seul coup, le doute s'installe dans son esprit : cette mort brutale, tellement inexplicable, est-elle «naturelle» ? Lui vient alors l'envie de s'intéresser à nouveau au réseau Karel Schmitt. Fort de ses contacts professionnels multiples, il réactive ses réseaux et reparle des informations reçues à la fin 2002 à un haut niveau des services spécialisés français.

A la fin mai, Gergorin a soudain l'idée de regarder s'il n'y a pas eu de mouvements anormaux dans les achats d'actions Lagardère dans les mois qui ont précédé la mort de Jean-Luc. Il cherche en particulier à connaître les transactions qui se sont déroulées immédiatement après la fixation de la date de l'opération des hanches que doit subir le patron du groupe Lagardère.

Il interroge en vain des établissements financiers. Il se tourne alors vers ce qu'il se refuse d'appeler autrement qu'une «source», qui travaille à l'époque pour les services sur les financements internationaux occultes notamment islamistes. C'est en juillet 2003 qu'il obtient de cette source quelque chose qui ressemble «à un réseau de blanchiment», avec une liste de transactions en cash et en titres (y compris mais pas seulement Lagardère). Ces transactions sont effectuées entre des comptes référencés à Clearstream Banking Luxembourg, comptes qui sont pour la plupart établis au bénéfice économique de clients individuels de banques elles-mêmes clientes de Clearstream ou d'autres chambres de compensation intégrées électroniquement à Clearstream. Dans la plupart des cas, mais pas dans tous, ces clients individuels sont désignés par un nom accompagné d'une référence numérique. Dans d'autres cas, il y a simplement la mention A/C Client, accompagnée ou non d'une référence numérique. En revanche, chacun des comptes ouverts à Clearstream est identifié, suivant les catégories de comptes, par un nombre à cinq chiffres, ou bien un 9 suivi de quatre lettres, ou bien une lettre suivie de quatre chiffres. Gergorin aura accès sur Internet, en août 2004, au Customer Hand Book (guide de l'utilisateur) de Clearstream. Il vérifiera à ce moment-là l'adéquation entre ces référencements et les différents types de comptes apparaissant dans les transactions livrées par la source : comptes de clients de Clearstream ou du concurrent bruxellois Euroclear ou de chambres de compensation nationales, telles que Monte Titoli en Italie, Iberclear en Espagne, DTC aux Etats-Unis.

A sa grande surprise, parmi les noms listés, apparaît le nom de Karl (et non plus Karel) Schmitt. Il côtoie les noms d'Alain Gomez, ancien patron de Thomson qui avait vendu les frégates de Taïwan, et de Philippe Delmas, l'homme du lobbying auprès de Noël Forgeard, alors patron d'Airbus. Gergorin y trouve également un certain nombre de noms étrangers, notamment à consonance russe ou italienne. Mais aucun nom d'homme politique, ni en clair ni sous pseudonyme, ne figure dans ces premiers tableaux de transactions (sous forme Excel), qui lui sont montrés par la «source».

Profondément troublé, mais prudent et se méfiant d'une possible manipulation dont il pourrait être la victime, Jean-Louis Gergorin n'en parle à aucun responsable de son groupe, ni même à Arnaud Lagardère. Il part en vacances.

L'insistance de Gergorin énerve Rondot, le manque d'implication de Rondot frustre Gergorin

A son retour, sa «source» lui fournit des informations de plus en plus détaillées, portant d'une part sur des transactions effectuées, au sein de Clearstream, dans les deux dernières années, et d'autre part une sorte d'annuaire de plus de 50 comptes (la plupart, mais pas tous, nominatifs), censés avoir depuis 1991 eu un lien financier direct ou par un seul intermédiaire avec les comptes présentés comme comptes sources de l'intermédiaire chinois Wang Chuan Pu. C'est une structure étoilée qui évoque immédiatement, pour Gergorin, l'affaire des commissions versées dans le cadre de la vente des frégates en 1991.

Dans les premiers tableaux de transactions, figure, on l'a vu, un nombre important d'acteurs étrangers, mais aucun homme politique français. En revanche, dans l'annuaire précité, correspondant à des comptes ayant été ouverts dans le passé, figurent les noms de trois hommes politiques : Dominique Strauss-Kahn, Alain Madelin et Jean-Pierre Chevènement. Il relève également des références colombiennes et certaines mentions renvoyant aux Antilles néerlandaises. Mais il est formel : aucune trace de Sarkozy, de Nagy ou de Bocsa à cette date.

Les documents qu'il a entre les mains décrivent en réalité une organisation d'une immense complexité, avec des relations en étoiles, des aller et retour de fonds, qui permettent d'opérer un blanchiment d'argent à grande échelle et en toute discrétion. Le montage lui paraît très sophistiqué et cohérent. Il estime alors que seule une autorité officielle de l'Etat français disposant de moyens techniques importants sera capable d'analyser et d'évaluer la réalité de faits aussi surprenants que potentiellement graves. Il souhaite que cette enquête de vérification puisse s'appuyer notamment sur la direction technique d'un grand service français.

C'est alors qu'il fait ce qu'il considère comme sa «première erreur». Au lieu de s'adresser directement aux autorités qu'il fréquente dans le cadre de ses fonctions, par exemple Philippe Marland, directeur de cabinet du ministre de la Défense, il s'adresse à son ancien collaborateur au CAP du quai d'Orsay, son ami le général Rondot. Après tout, celui-ci est officiellement Conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales auprès du ministre de la Défense, à qui il rend compte de toutes ses activités.

On est au début novembre 2003. L'affaire Clearstream commence réellement. Dès que Jean-Louis Gergorin lui a donné la liste et les schémas de transactions (2) qu'il a en sa possession, le général Rondot se dit intéressé. En réalité, ce dernier se sent surtout concerné par la présence sur ces documents de noms de plusieurs fonctionnaires du ministère de la Défense et d'autres membres des services secrets, comme Jean-Jacques Martini, sous-directeur à la DST. A ce moment-là, Gergorin sait que le général Rondot va rendre compte au directeur de cabinet de MAM et qu'elle sera informée. On apprendra plus tard que Rondot reçoit alors mission d'enquêter sur les seuls noms relevant du ministère de la Défense ou des services de sécurité français.

De la sorte, un malentendu va très vite se développer entre deux hommes qui ont pourtant beaucoup d'amitié l'un pour l'autre. L'un, Gergorin, ne pense qu'à vérifier l'existence d'un système portant atteinte aux intérêts industriels et nationaux ; l'autre, Rondot, ne semble pas passionné par cet aspect des choses et, travaillant seul, ne fait nullement appel aux compétences techniques et informatiques des grands services français. L'insistance de Gergorin énerve Rondot; le manque d'implication de Rondot (peu de temps consacré et pas de moyens techniques) frustre Gergorin.

C'est alors qu'il commet ce qu'il considère être sa «deuxième erreur» : il en parle au tout début janvier à Dominique de Villepin. Il connaît le ministre des Affaires étrangères pour l'avoir recruté et fait travailler sous son autorité au Centre d'analyse et de prévision du Quai d'Orsay. C'était en 1981. Villepin est une relation amicale de Gergorin, mais pas un intime. Les deux hommes se voient de loin en loin, en moyenne à peu près tous les six mois.

En réalité, c'est un curieux concours de circonstances qui amène Gergorin à se livrer à Villepin : en novembre, le cabinet du ministre des Affaires étrangères l'avait appelé pour solliciter son aide afin de trouver des grandes signatures étrangères qui accepteraient de commenter dans un ouvrage (qui sera publié aux éditions de l'Herne) son fameux discours à l'ONU du 5 février 2003 et sa politique irakienne. Zbigniew Brzezinski et Henry Kissinger (3), contactés par Gergorin, déclinent, mais ce dernier accepte néanmoins un projet de déjeuner à Paris avec le bouillant ministre français des Affaires étrangères. Le 1er janvier 2004, Jean-Louis Gergorin se promène à Paris dans le quartier des ministères. Passant devant le Quai d'Orsay (où il est connu comme le loup blanc), il demande à tout hasard si le ministre est là, et s'il peut le voir... Il veut lui parler de Kissinger. La conversation s'engage, et dérive finalement sur «le» sujet. Impulsion aux conséquences politiques considérables : Dominique de Villepin se montre tout de suite très intéressé par l'enquête menée par Rondot sur les informations que lui a transmises Gergorin. Ce dernier regrette l'insuffisance des moyens mis en œuvre par le général pour vérifier les informations. C'est dans ces circonstances que Villepin va convoquer le 9 janvier la réunion à trois dans son bureau.

Que s'est-il passé ce jour-là ? Gergorin poursuit toujours son idée fixe : avoir les moyens techniques de vérifier et si possible percer les secrets de ce système de blanchiment. Rondot, mécontent d'être là dans ce bureau qui n'est pas celui de sa hiérarchie, raconte le peu d'éléments qu'il a récoltés. Et Dominique de Villepin parle : beaucoup de noms, semble-t-il, viennent dans la conversation. Patrick Ollier ? Le député, compagnon de MAM, est mentionné brièvement mais, soutient Gergorin, de manière totalement déconnectée de l'affaire des listes, sur lesquelles il ne figure pas. Nicolas Sarkozy ? Gergorin est formel : il n'est pas, ni de près, ni de loin, dans les listes à l'époque. Mais son nom est plusieurs fois évoqué : ainsi à propos de son voyage en Inde, un déplacement qui semble agacer le ministre des Affaires étrangères. Et lorsque Jean-Louis Gergorin, tout à son affaire, suggère de mettre la DST sur l'enquête, on lui répond : «Non, non, surtout pas l'Intérieur.» Jacques Chirac est-il au courant ? Son autorité est-elle invoquée ? Gergorin n'en a absolument aucun souvenir. Mais il sait que Rondot était arrivé avant lui dans le bureau, et qu'il était parti après.

En réalité, cette réunion compliquera terriblement la relation entre Rondot et Gergorin. Et bien que Dominique de Villepin ait demandé au général de «prendre tous les moyens» pour aboutir, le vice-président d'EADS a le sentiment que rien ne se passe vraiment. Rondot continue, épisodiquement, en solitaire. Et pourtant, entre janvier et avril 2004, des milliers de transactions Clearstream alimentant notamment des comptes individuels sont communiquées par la source à Gergorin et Rondot.

La présence inquiétante d'un fonds américain basé à Grand Caïman et à la réputation très agressive

A la fin mars, pour la première fois, Gergorin entend parler (mais sans les voir) de deux comptes apparaissant aux noms de Bocsa et de Nagy, ainsi que d'autres titulaires industriels français notamment dans le groupe Lagardère, qui le surprennent énormément. Il demande alors à la source un annuaire complet des comptes référencés dans le système Clearstream. Celui-ci lui sera fourni dans la première décade du mois d'avril : il s'agit d'un énorme tableau Excel de 33 000 comptes avec l'ensemble de leurs critères (date d'ouverture, nature, nom de la banque initiatrice et intitulé du compte initiateur, etc.).

A la mi-avril, Gergorin se sent écartelé entre trois sentiments. En premier lieu, il éprouve du scepticisme devant la nouvelle fournée de noms français apparaissant dans l'annuaire des 33 000 comptes. Deuxièmement, il reste très impressionné par la densité et la cohérence des fiches de flux transactionnels communiquées par la source, impliquant moins d'une vingtaine de Français, dont aucun homme politique.

Dans les flux financiers qui lui sont rapportés, il est notamment impressionné par la présence d'un fonds d'investissement américain (basé à Grand Caïman) à la réputation agressive. Ce fonds vient d'ailleurs d'envoyer au management du groupe Lagardère une lettre comminatoire exigeant des changements de stratégie et d'hommes. Cela semble annoncer une action de contestation publique sérieuse à l'occasion de l'assemblée générale des actionnaires du groupe qui doit avoir lieu début mai.

En troisième lieu, il est de plus en plus frustré par l'absence de résultats tangibles de l'enquête Rondot. Le général lui fait sentir qu'il lui en veut toujours d'avoir parlé directement de cette affaire à Dominique de Villepin, et de l'avoir mis en porte-à-faux avec sa hiérarchie militaire.

Lorsque Villepin décore Gergorin, dans son bureau de la place Beauvau le 6 avril 2004, il semble être «ailleurs», car totalement absorbé par son nouveau rôle de ministre de l'Intérieur (le remaniement a eu lieu le 31 mars 2004).

Pourtant, cette affaire préoccupe tellement Gergorin qu'il en parle, au cours d'un déjeuner qu'il a au début avril avec Pierre de Bousquet de Florian, le directeur de la DST. Celui-ci écoute attentivement l'histoire de Karl Schmitt (il est toujours là...), du fonds américain, et des transferts financiers occultes à ce fonds. Il informe aussi un haut responsable du groupe Lagardère, en présence d'un avocat du groupe. Mais il affirme qu'à aucun de ces interlocuteurs, il ne parle des listings qui sont la source de ses informations.

C'est alors que, frustré par l'absence de vérification technique sérieuse après cinq mois d'enquête, Gergorin va commettre ce qu'il appelle sa «troisième erreur». Il décide d'aller exposer le coeur de son enquête personnelle au juge Renaud Van Ruymbeke, chargé du dossier d'instruction de l'affaire des frégates de Taïwan. Aux yeux de Gergorin, le juge présente le double avantage de sa forte réputation et d'être saisi (et donc de disposer de moyens d'investigation immédiats). Nous sommes mi-avril, il a pris contact avec le célèbre juge d'instruction par l'intermédiaire d'un avocat pénaliste, Thibault de Montbrial, le fils de Thierry, son ancien patron au Quai d'Orsay. Lors de cette première rencontre, il n'évoque ni le général Rondot, ni Dominique de Villepin, ses deux premières «erreurs». Mais il montre des documents en expliquant qu'ils sont un produit dérivé d'une enquête menée par des «services officiels français» sur des circuits de financement occulte. Le juge se montre très intéressé. Il écoute Gergorin lui parler de ses craintes avant l'assemblée générale de mai du groupe Lagardère, de ses soupçons, de ses listings dans lesquels ne figure toujours aucun nom nouveau de politique. Ni aucun pseudonyme (il n'a à cette date toujours pas vu lui-même les fameux comptes Nagy et Bocsa dont il a entendu parler).

A la fin avril, Gergorin a trois longs entretiens avec le juge, dans lesquels il expose sa compréhension du système de blanchiment. Discussions techniques et sérieuses. Gergorin, pour se protéger et pour protéger la nature de la source (hacking d'une grande banque de compensation), décline la proposition du juge de déposer formellement. Il est alors convenu que Gergorin fera parvenir au juge une synthèse : c'est la fameuse première lettre, remise de la main à la main.

Le noyau dur de cette première lettre est la description du flux financier dans Clearstream de l'oligarque Mikhaïl Khodorkovsky vers deux industriels français, puis de ces derniers vers deux fonds off-shore américains, dont celui déjà mentionné. Ce flux se mesure en centaines de millions de dollars.

Les événements s'accélèrent. La lettre est déposée chez le juge Van Ruymbeke le lundi 3 mai. Le surlendemain, le juge fait poser par ses correspondants luxembourgeois des questions précises à Clearstream sur les comptes mentionnés dans la lettre. Assez curieusement, pendant la nuit du 6 au 7 mai (à 22 h 30 heure de New York), le siège du groupe Lagardère, rue de Presbourg, reçoit un mail du fonds américain précité. Ce dernier qui avait envoyé quelques semaines auparavant une lettre de contestation très agressive, indique laconiquement qu'il votera en faveur de toutes les résolutions présentées par le management de Lagardère lors de l'assemblée générale prévue le 12 mai.

Gergorin déjeune avec le patron de la DST début avril 2004 et l'informe

Le vendredi 7, alors que l'immense usine de l'Airbus A 380 vient d'être inaugurée en grande pompe, Renaud Van Ruymbeke fait interpeller, à l'aéroport de Toulouse, Philippe Delmas, qui est placé en garde à vue. Il s'en est fallu de peu que l'arrestation ait lieu devant le gratin de la République.

De son côté, le 4 mai, Gergorin va voir Rondot à son bureau, 16, rue Saint-Dominique, pour l'informer de l'initiative qu'il a prise avec le juge Van Ruymbeke. Le magistrat fait demander à Gergorin des informations supplémentaires plus détaillées sur les transactions financières de Clearstream. C'est alors que la source indique à Gergorin à la fin mai qu'elle a constaté la clôture brutale, le 12 mai, de 895 comptes référencés à Clearstream, sans fournir sur le moment la liste desdits comptes.

Au début juin, Gergorin est sous forte pression : le juge lui en demande toujours plus ; Rondot est mécontent de l'initiative qu'il a prise ; les rumeurs désignant le vice-président d'EADS comme l'auteur de la première lettre circulent dans Paris. Gergorin prévient indirectement le juge de la clôture des 895 comptes. Celui-ci demande des documents l'étayant. C'est alors que le 11 juin Gergorin reçoit, sous forme papier, la liste des 895 comptes. Il la parcourt rapidement, constate que tous les comptes sensibles observés depuis 2003 y figurent, mais aussi les nouveaux comptes apparus à la fin mars, dont les deux au nom de Nagy et Bocsa (patronymes de la famille Sarkozy). Après avoir hésité, il décide de faire transmettre cette liste, accompagnée d'une lettre intitulée «le bal des crapules», au juge Van Ruymbeke. Décision très lourde de conséquences.

C'est cette liste de 895 comptes qui arrivera, sous sa forme papier, le 14 juin, chez le juge Van Ruymbeke : c'est donc la première fois qu'un juge voit des noms conduisant à Nicolas Sarkozy.

Gergorin envoie une deuxième lettre anonyme en juin avec les noms de Nagy et Bocsa, patronymes de Sarkozy

A partir de cette époque, Jean-Louis Gergorin a l'impression que le dossier lui a totalement échappé, qu'il est parti dans tous les sens. Sa source, paniquée après l'article du Point de juillet 2004, ne lui apporte plus d'élément nouveau. Il a encore, en juillet et septembre 2004, deux discussions approfondies sur le sujet avec le général Rondot. Dans un climat redevenu amical, le général continuera un discours ambivalent : il est impressionné par les fiches de transferts financiers, mais sceptique sur l'annuaire. En définitive, il attend le résultat des investigations du juge Van Ruymbeke. Entre-temps, une information judiciaire pour «dénonciation calomnieuse» a été ouverte, le 3 septembre, par le parquet de Paris. Le juge Jean-Marie d'Huy est chargé de l'enquête. En mars 2005, il fera perquisitionner les bureaux de Jean-Louis Gergorin et d'Imad Lahoud. Les relations entre ces deux hommes placés au coeur de l'affaire, sont aujourd'hui encore bonnes. Après février 2005, Philippe Rondot ne prend plus Gergorin au téléphone.

Cela n'empêche pas Gergorin de se mettre à travailler personnellement pour élucider les mécanismes de Clearstream permettant l'ouverture de comptes en fait individuels. A-t-il été manipulé ? Tout est toujours possible. Mais outre qu'il a constamment été sur ses gardes, il a pu réunir les preuves que ses sources de renseignement étaient fiables. Ainsi, alerté par la présence sur les listings Clearstream d'un nom bien connu de lui et dont il avait le numéro de portable, il a pu avoir confirmation d'un voyage lié à une opération financière suspecte en faisant faire une enquête auprès des opérateurs de téléphonie mobile. Dans son esprit, cela valide largement la qualité des informations qui lui ont initialement été communiquées.

Pour lui, les menaces contre Lagardère ont bel et bien existé. Et en enquêtant sur elles, il est tombé sur un gigantesque réseau de blanchiment et de transferts financiers intraçables par les juges. Un système international idéal pour gérer notamment les centaines de millions d'euros de rétrocommissions liés à l'affaire des frégates de Taïwan.


(1) Tentative de déstabilisation du groupe Lagardère de 1993 à 1995 imputée par Jean-Louis Gergorin à Alain Gomez, alors président de Thomson et rival industriel de Matra. celui-ci a bénéficié d'un non-lieu, en partie au titre de la prescription, en janvier 2006


(2) Les tableaux de transactions Clearstream sous forme Excel


(3) Brzezinski a été conseiller de Jimmy Carter pour les affaires de sécurité des Etats-Unis de 1977 à 1981. Artisan de la politique étrangère américaine de 1969 à 1976, Henry Kissinger fut secrétaire d'Etat de 1973 à 1977 et prix Nobel de la paix en 1973.


http://www.lefigaro.fr/france/20060519.FIG000000106_je_ne_suis_pas_un_corbeau_.html

«Je ne suis pas un corbeau !»

Propos recueillis par R. G. 19 mai 2006, (Rubrique France)

Le vice-président d'EADS insiste sur le fait qu'il n'a transmis aux autorités que des informations qu'il jugeait crédibles, et jamais de façon anonyme.

LE FIGARO. - Pourquoi avoir décidé de parler ?

JEAN-LOUIS GERGORIN. - Mon avocat, le bâtonnier Paul-Albert Iweins, avait indiqué que je souhaitais réserver la primeur de mes déclarations aux juges d'Huy et Pons. Il leur a d'ailleurs écrit vendredi, il y a une semaine, pour leur indiquer que j'étais à leur disposition. La multiplication des fuites sur l'instruction dans la presse m'amène à parler pour défendre mon honneur et ma bonne foi.

Mais un corbeau a-t-il un honneur ?

Certes, non. Mais je ne suis pas un corbeau. Un corbeau est un individu qui dénonce anonymement des faits qu'il sait faux, comme dans le film de Clouzot. Moi, j'ai transmis à des autorités administratives puis judiciaires officielles, auprès de qui je me suis pleinement identifié, des informations que je considérais et considère toujours comme ayant une probabilité forte d'exactitude justifiant des vérifications approfondies.

Très clairement, dans la première liste, vous réglez des comptes avec vos deux plus grands ennemis personnels, Philippe Delmas et Alain Gomez. Serait-il possible que votre «source» les ait rajoutés, pour vous faire plaisir, à un listing obtenu auprès du journaliste Denis Robert ?

Ces noms figurent depuis l'origine de mes informations, à l'été 2003, au sein d'un flux complexe de transactions que j'estime pratiquement impossibles à avoir inventé de toutes pièces.

Et si celui que vous persistez à appeler votre source - que tout le monde connaît car il donne même des interviews à la télévision - vous avait «enfumé» de bout en bout ? Si ce «génie de l'informatique» n'avait jamais réussi à «hacker» les mémoires informatiques de Clearstream ?

J'apporterai aux juges tous les éléments qui me convainquent du contraire.

N'avez-vous pas eu le sentiment que c'était énorme de «balancer» une liste avec le nom de Sarkozy, à l'époque où ce dernier, en conflit avec Chirac, s'apprêtait à se présenter aux suffrages des militants pour prendre la tête de l'UMP ?

Lorsque j'ai reçu la liste des 895 comptes, celle-ci s'inscrivait dans une continuité d'informations crédibles pour moi. J'ai estimé que c'était à la justice d'enquêter et de vérifier.

Pensez-vous qu'à cette date, votre source aurait pu être «retournée» par des politiques, à votre insu, pour y rajouter les patronymes de Sarkozy ?

A ce jour, je ne dispose d'aucun élément validant une telle hypothèse.

Et votre enquête personnelle sur Clearstream, où en est-elle aujourd'hui ?

J'ai beaucoup progressé et vais vous en donner deux exemples. Contrairement à ce que continue d'affirmer le management de Clearstream, des personnes physiques ou morales, qui ne sont pas des établissements financiers, peuvent y disposer de sous-comptes discrets. Ceux-ci sont en fait ouverts par des banques, qui servent ainsi de représentants fiduciaires pour leurs clients.

Par ailleurs, j'ai fait récemment des recherches sur deux bases complémentaires de plus de 33 000 comptes référencés à Clearstream. Nombre d'entre eux commencent par une lettre suivie de quatre chiffres. Il s'agit de comptes ouverts à travers des chambres de compensation nationales. Ainsi, la lettre C correspond aux comptes ouverts à travers la chambre italienne Montetitoli ; E à la chambre espagnole Iberclear ; U à la chambre américaine DTC.

J'ai constaté l'anomalie suivante. Dans le manuel de l'utilisateur de Clearstream, la lettre R ne correspond à aucune chambre nationale. Curieusement, les deux seuls comptes - sur plus de 33 000 ! - commençant par un R sont les deux attribués à Bocsa et Nagy (patronymes de Nicolas Sarkozy), figurant dans l'annuaire d'avril, dont les éléments sont repris dans la liste des 895 reçue par le juge le 14 juin.

C'est un indice fort d'une éventuelle manipulation politique de votre source !

C'est vous qui le dites ! Pour ma part, je rapporte le fait brut, pour lequel je n'ai actuellement aucune explication, sinon que l'incohérence démontre l'insistance de ces comptes.

En réalité, pour détruire vos ennemis professionnels Gomez et Delmas, n'avez-vous pas fait un montage ? N'êtes-vous pas alors entré dans une spirale de la désinformation que vous ne pourrez plus arrêter et qui coûte très cher aujourd'hui au premier ministre, Dominique de Villepin, un homme qui pourtant avait été votre collaborateur et votre ami ?

Je n'ai fait aucun montage d'aucune sorte. D'autre part, j'ai respect, fidélité et amitié, sur un plan totalement non politique, envers Dominique de Villepin. Je suis plus que jamais convaincu d'avoir fait mon devoir en décidant d'apporter à des autorités étatiques légitimes des informations suffisamment crédibles et graves pour mériter des vérifications approfondies. Celles-ci ont été conduites de manière honorable par Rondot et Van Ruymbeke, mais elles ont été rendues inefficaces par la sophistication du système de blanchiment qu'il s'agit de démonter.

Source : Gergorin

Annexe 4 d'un courier transmis récement par Dominique de Villepin à la justice

RETRANSCRIPTION LETTRE JEAN-LOUIS GERGORIN À MON INTENTION JOINTE A UN COURRIER ADRESSE À MON COLLABORATEUR LE 15 NOVEMBRE 2004 (CE COURRIER FIGURANT AU SCELLE DDV.4)

1) Je suis totalement ferme et déterminé, et immensément indigné par les bassesses nous visant à des titres différents mais volontairement liés.

2) Le fond de l’opération est le suivant :

  • Ph. Delmas et Stéphane FUKS (conseiller proche et de Forgeard, Delmas et

Tchuruch) convainquent via FUKS de vendre à EADS son contrôle de Thalès. Sarko incite Dassault à se rallier à l’opération.

  • début octobre l’opération est présentée à Camus par Tchuruch, Edelstene, comme

une opportunité à saisir. Camus fonce dans le piège et accepte d’entrer en négociation, Sarko appuie fortement auprès d’Arnaud L et de Camus.

  • Lorsque fin octobre Sarko à l’impression que Camus à convaincu Schremp, il

annonce à Arnaud qu’il faut annoncer l’opération avant fin novembre et simultanément remercier Camus et le remplacer « on the spot » par Forgeard seul à même de présider le nouvel ensemble et favori du PR ( !!). Parallèlement le mardi 2 novembre Forgeard et Delmas demandent à Maurice d’informer le PR qu’il est essentiel de nommer tout de suite Forgeard pour « calmer les troupes de Thalès ». Le PR ravi de nommer Noël tout de suite appuie ce mouvement auprès d’Arnaud… déjà travaillé au corps par Sarko.

  • Mais en fin de semaine dernière, cette opération se grippe car d’une part Camus ne

veut pas démissionner et Schremp est insistant sur la fusion précisément parce qu’on veut lui imposer simultanément un changement de management qu’il ne comprend pas, et d’autre part le gouvernement anglais s’agite face à une opération franco-allemandes (Hoon appelle MAM).

  • D’où pendant le week-end du 6-7, changement de pied. Sarko et son équipe, Fuks,

Bauer et Delmas lancent l’opération « corbeau » avec le Monde et le Parisien comme vecteurs déclenchant les 9-10. L’objectif est d’abord évidemment toi mais aussi pour des raisons évoquées ci-dessous, Camus dont maintenant Sarko a une raison « officielle » de demander la peau à Arnaud.

  • Puis en fin de semaine et le we alors que l’opération « corbeau » se déploie à

grande allure, Noël et Delmas font savoir à l’Elysée que l’opération Thalès a échoué en raison de l’incompétence de Camus et qu’il faut donc virer celui-ci, et reprendre l’opération Thalès avec Forgeard après une pause.

  • Donc Sarko qui a complètement déstabilisé Arnaud va demain à Berlin expliquer à

Schremp que certes il faut faire Thalès mais que comme il n’y arrive pas, il faut le virer tout de suite d’autant plus qu’il a abrité à EADS un corbeau dont il est peut être complice.

  • Si cette opération réussit elle aura permis de placer à la tête d’EADS l’équipe que

Sarko souhaite, avec le raffinement supplémentaire que Chirac sera présenté comme l’auteur du vidage de Camus. D’autre part toute l’équipe Sarko (Le Monde, TF1, Dassault Média, etc) présentera le vidage de Camus, en dehors des et sans raison de business, comme la validation par Schremp et A. Lagardère de l’hypothèse sur l’identité, les mobiles et les liens du « corbeau » véhiculée par ladite équipe Sarko.

  • Stratégiquement l’enjeu est le suivant. Décapiter l’équipe dirigeante française

d’EADS, Camus et moi évidemment, mais aussi Gut contre qui Hortefeux a fait déclencher via un discret article 40 au printemps dernier une enquête préliminaire de la brigade financière sur une dénonciation de Delmas (protégé par le statut des « aviseurs fiscaux ») sur les commissions du contrat Black Shaheen à Abou Dhabi. Résultat, on aura à EADS auprès de Forgeard qui ne voit que son ambition, Delmas avec ses hommes clefs sur le plan français Edouard Ullno, directeur adjoint des ventes d’Airbus et Benoît Delairs, Trésorier d’Airbus.

  • Parallèlement, je ne crois pas qu’Arnaud privé de Camus, Gut et moi dans de telles

conditions puisse garder longtemps son indépendance – Lagardère média passera donc sous le contrôle de groupes totalement sarkosiens, Bouygues, Dassault ou et Vivendi.

  • En ce qui concerne EADS la prise de contrôle de l’export et de la trésorerie par une

équipe Delmas proche d’Hortefeux aura les conséquences suivantes : Chiffre d’affaires d’EADS 30 B euros, Chiffre d’affaires minimum impliquant des commissions 10 B euros, Taux minimum moyen actuel 1,5% = 150 M euros/an Une équipe « Hortefeux » pourrait monter d’un coup le taux moyen à 2,5% (rappel Le Floch en 1989 a triplé le taux moyen d’Elf). Ceci fait 1% (10 B euros) = 10 x M euros/an de vente potentielle, 30% de plus avec Thalès. Voilà l’enjeu (MIKSA x 20 au moins) si on laisse faire. Très fidèlement et totalement à toi